Note: Parfois, l’histoire derrière l’image est plus intéressante que la photo elle-même. La chronique «L’anecdote derrière l’image» présente des photographies parfois moins intéressantes visuellement – parfois elles n’auront même pas été publiées sur mon blogue – mais pour laquelle il y a une bonne histoire à raconter.

PETA-protest
Windsor, Ontario - PETA supporter Lori Jones is asked to move off the Windsor Arena entrance by security agent Wylliam Johnson before the Garden Bros Circus show Sunday June 18, 2006. (Francis Vachon/ Windsor Star).

J’étais à l’époque au Windsor Star en emplois d’été. Le cirque était en ville. Le genre de cirque populaire avant le Cirque du Soleil, avec des éléphants et lions. Des manifestants étaient devant l’aréna pour protester contre les conditions de vie des éléphants, qu’ils disaient inhumaines.

Une chétive dame se trouvait proche de la porte avec sa pancarte et un énorme, ÉNOOOORME, agent de sécurité lui demandait de libérer le chemin pour que les gens puissent entrer.

C’est là que je porte la caméra à mon oeil. L’agent, tellement énorme que son employeur n’a pas trouvé une chemise assez grande pour qu’il puisse la boutonner, tourne son visage vers moi et d’un ton très autoritaire, me lance «don’t take my picture!» (Ne prends pas ma photo).

«Je travaille pour le journal, et je suis sur la voie publique. J’ai le droit de prendre ces photos»

«I don’t care! (je m’en fou!)», me répond-il sèchement alors que ma caméra ne quitte plus mon visage et que je continue à appuyer sur le déclencheur. 

L’agent passe rapidement de la dame à moi, et de moi à la dame. «Laissez les gens passer madame. Arrête de prendre ma photo. S.V.P. madame, veuillez quitter. ARRÊTE DE PRENDRE MA PHOTO!»

Clic-clic-clic!

Et soudain il éclate. Il tend son énorme bras vers moi, pointe son gargantuesque index vers mon visage. «Tu cesses tout de suite SINON….», me lance-t-il sans finir sa phrase.

Nous nous regardons en chiens de faïence. Moi protégé derrière ma caméra toujours à mon oeil, près à déclencher. Lui toujours le doigt menaçant. La joute d’intimidation dure quelques secondes, et ces quelques secondes me semblent des heures. 

Je peux être assez intimidant: je fais 255 livres. Mais lui est trois fois large comme moi. 

Je ne bouge pas, je reste silencieux. La caméra toujours au visage, mon doigt toujours sur le déclencheur. Et lui son doigt toujours bien haut, à quelques pouces de mon visage. Je sens qu’il peut éclater à tout moment.

Soudainement, il laisse retomber son bras le long de son corps, fait un 180 degrés, et pénètre à l’intérieur de l’édifice. Sans dire un mot.

Heureux d’être toujours en vie, je termine les photos de la manifestation, et pénètre à l’intérieur pour prendre des images de l’événement.

Plus tard, alors que je quittais via les corridors déserts de l’aréna, je croise le géant. Il s’approche de moi.

Est-ce que je vais me faire frapper?

 «Hey! Désolé pour tantôt», commence-t-il. «Je fais beaucoup de temps supplémentaire ces temps-ci. Je suis extrêmement fatigué et j’ai manqué de jugement. Je sais que tu avais le droit de prendre ces photos, et j’ai fait un fou de moi (I made a fool of myself). Je suis vraiment désolé, excuse-moi.»

Nous nous sommes serré la main, et il m’a même donné son nom pour compléter mon bas de vignette.

Note: Parfois, l’histoire derrière l’image est plus intéressante que la photo elle-même. La chronique “L’anecdote derrière l’image” présente des photographies parfois moins intéressantes visuellement – parfois elle n’auront même pas été publié sur mon blogue – mais pour laquelle il y a une bonne histoire à raconter.

C’était en 2006, pendant mon contrat d’été au Windsor Star. Deux jours après le meurtre d’un jeune noir au coin d’une ruelle, l’entourage du jeune homme avait invité les médias à un recueillement et un dépôt de fleurs à l’endroit du crime.

Sur la photo, je capture sa cousine et sa conjointe, inconsolable. Une fois la cérémonie terminé, moi et le journaliste s’approchons pour allez chercher quelques citations.

Mon journaliste: Tu sais qu’un suspect a été arrêté ce matin? Tu sais qui c’est?

La conjointe: Non. Aux nouvelles ils n’ont pas donnée son nom.

Journaliste: Ouais. C’est qu’il n’a pas encore été formellement été accusé au Palais de justice mais je me disais que peut-être tu savais qui c’était…

La conjointe: non…

Moi: Écoute, lors de l’arrestation, ça a brassé un peu. Le suspect a été conduit à l’hôpital, et c’est pour ça que c’est plus long que prévue pour la comparution. Mais… J’étais à sa sortie de l’hôpital, et j’ai pris des photos… Je les ai encore sur ma caméra… Tu veux les voir? Peut-être que tu le connais…

Évidemment, qu’elle a voulu les voir.

Après avoir jeté rapidement un oeil sur l’écran de ma caméra, elle fait un pas vers l’arrière, pose une main sur sa bouche, et remonte son regard vers nous, incapable de parler pour quelques secondes.

À la fois surprise et choqué, elle parle finalement. «C’est mon voisin. Quelques heures après la découverte du corps, alors que nous étions dans la rue, il est venue me voir. Il m’a pris dans ses bras pour me faire un câlin (hug) et m’a dit « C’est triste ce qui t’arrive. Mais ne t’en fais pas, ça va bien aller »

WINDSOR, ON. AUGUST 29, 2006. - Quiana Gaines, girlfriend of Sunday's murder victim Troy Hutchinson, shows emotion at the memorial she just put in place at the location of the murder on Ford Blvd at Reginald St. August 29, 2006. (Windsor Star - Francis Vachon)

Note: Parfois, l’histoire derrière l’image est plus intéressante que la photo elle-même. Avec la chronique “L’anecdote derrière l’image”, je présenterai des photographies parfois moins intéressantes visuellement – parfois elle n’auront même pas été publié sur mon blogue – mais pour laquelle il y a une bonne histoire à raconter.

2008. La ville de Québec célèbre son 400e anniversaire et des activités sont organisées tout au long de l’année. Une des plus importantes: Le congrès Eucharistique sur les Plaines d’Abraham. Plusieurs “personnes importantes” y sont, et je suis en assignation pour la Presse Canadienne, une importante agence de presse.

Parmis les images importantes à prendre, le Premier ministre du Québec Jean Charest recevant l’hostie. Il y a une certaine controverse avec la laïcité au Québec et à l’Assemblé Nationale, et cette photo a un intérêt certain.

Mais voilà, les nuages menaçant passe à l’action: une pluie s’abat sur nos têtes. Une averse d’une intensité rarement vue, et mes caméras ne sont pas protégées, et l’eau s’infiltre. Moi même je n’ai pas d’habit de pluie. Je suis détrempé, et je commence à trembloter de froid.

Je reste cependant sur place, car je veux ma photo: avec la Presse Canadienne, la photo peut faire le tour du monde. Je reste. J’attend. Je VEUX ma photo…

L’averse redouble d’intensité, et le temps passe sans que la communion – la remise de l’hostie – ne se fasse. Est-ce que cette photo vaux le bris de mes deux caméras et des lentilles? J’ai déjà de bonnes photos montrant l’événement, je me rend donc finalement à la raison: je vais me cacher sous une tente situé à quelques mètres, en attendants que l’averse se calme.

Mais l’averse ne se calme pas, et voilà qu’a ma grande surprise, les VIPs viennent se cacher sous la tente eux-aussi! Jean Charest et sa femme, le maire Régis Labeaume, la Gouverneur Générale Michaëlle Jean, le Grand Chef Huron-Wendat Max Gros-Louis arrivent en courant, recouvert d’un très laid imperméable transparent. Encore mieux, un prêtre s’approche, et décide de donner l’hostie aux VIPs sur place, sous la tente. Et je suis le seul photographe à y être…

Quebec Premier Jean Charest receives the wafer after the VIPs took cover under a tent due to heavy rain at the 49th International Eucharistic Congress on the Plains of Abraham in Quebec city Sunday June 22, 2008 in Quebec City.

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